Articles conflit UKRAINE

Dans l’attente des interventions de notre conférencière historienne Mme Dominique COMELLI et du géopoliticien Pascal LE PAUTREMAT, nous vous proposons 2 articles de presse très intéressants pour apporter un éclairage sur l’actualité géopolitique du moment.

 

ZOOM sur le UN HEBDO spécial réalisé en partenariat avec la FOIRE DU LIVRE DE BRIVE

Extrait de l’entretien réalisé par ERIC FOTORINO (Directeur du 1 Hebdo) avec MICHEL FOUCHER (Diplomate et géo politologue spécialiste des frontières)

Comment qualifier la guerre déclarée par Vladimir Poutine à l’Ukraine ?


Le Kremlin n’admet pas qu’il a déclenché une guerre d’agression. Le mot est tabou, dans l’illusion de ne pas inquiéter l’opinion russe. C’est le premier mensonge d’une série rhétorique émise par des acteurs pervers. La perversion consiste à dire une chose et son contraire, dans une posture de toute-puissance. Sauf que le réel refoulé finit par faire retour, avec les échecs militaires successifs, et la mobilisation partielle qui touche surtout les minorités ethniques des périphéries. Le seul chiffre donné par le ministère de la défense est de 6530 morts russes. Vingt-quatre seulement sont de Moscou. Tous les autres sont bouriates, mongols, tatars ou originaires du Daghestan. Le Kremlin utilise cette guerre pour se débarrasser des non-Russes…Et pour éviter que la population russe proteste, la mobilisation ne touche ni Moscou, ni Saint-Pétersbourg, ni les capitales régionales.
Dans la guerre d’Ukraine, côté ukrainien, l’arrière soutient l’avant. L’engagement est d’ampleur nationale, à la mesure des souffrances endurées. Ce qui interdit toute concession de la part du Président ZELENSKY. Côté russe, l’armée est à l’image des maux de sa société, « en pire », constatait Léon Trotski chargé de bâtir une armée rouge. Les soldats se comportent en soudards comme on le découvre à chaque étape de la contre-offensive ukrainienne. L’agression militaire russe rappelle, dans l’argumentaire employé, l’annexion des sudètes par le IIIe Reich en 1938, où il s’agissait de « libérer » les Allemands des Sudètes de « l’oppression » tchécoslovaque, prétexte d’une ambition pangermaniste. Sans l’appui militaire occidental à l’Ukraine et sa détermination de résistance, ce scénario funeste se serait déroulé au terme de « l’opération spéciale » lancée le 24 février 2022.

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Les armes d’un CONFLIT MASQUÉ

par NATHALIE LOISEAU (femme politique, Haute fonctionnaire, diplomate et ancienne directrice de l’ENA, ministre des affaires européennes de 2017 à 2019, élue au Parlement européen)


La guerre d’Ukraine nous a pris par surprise. Une autre nous est livrée, sans que nous y prenions garde, par des régimes autoritaires qui cherchent à affaiblir nos démocraties. La Russie, mais aussi la Chine et la Turquie nous ont pris pour cibles. Leurs armes ne tirent ni missiles ni cartouches, mais nous divisent et nous menacent. Comment ?
D’abord par la manipulation de l’information : on commence à beaucoup en parler sans bien en mesurer l’ampleur. Covid, tensions religieuses, mouvements sociaux, droits des femmes et des minorités : tout est bon pour s’immiscer dans nos débats, attiser nos querelles et nous faire croire que nous sommes irréconciliables.
Par l’ingérence dans notre vie politique ensuite : campagnes électorales, Brexit, Catalogne, partout on trouve la patte d’ingérences étrangères dont nous n’avons pas encore tout dit. Entre deux votes, les partis extrémistes font l’objet de toutes les attentions, parce qu’ils clivent. Ce ne sont pas les seuls. L’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder (par ses liens personnels avec Poutine et ses implications dans le secteur de l’énergie russe) n’est qu’un symbole d’une pénétration plus profonde de nos élites par des puissances étrangères dont les intérêts ne sont pas les nôtres.
Ce n’est pas tout. Au cœur de nos universités, nos centres de recherche, nos think tanks, des intérêts russes ou chinois se faufilent, attrapent tout ce qu’ils peuvent, découvertes scientifiques en cours et matière grise à vendre. Et parce que trop de nos centres d’excellence dépendent de financements étrangers, Pékin et Moscou comme Ankara jouent de cette relation et s’efforcent de contrôler à la fois le contenu des enseignements ou des recherches qui les concernent et le comportement des étudiants qu’ils envoient.
Car le contrôle des diasporas est un autre moyen de peser sur nos démocraties de l’intérieur. En Chine, le Parti communiste surveille les communautés chinoises de l’étranger pour qu’elles portent les messages de Pékin et étouffent les voix dissidentes. En Turquie, le pouvoir lance les Loups gris à l’assaut des Kurdes ou des Arméniens réfugiés en Europe, et utilise le canal des associations et des mosquées qu’il contrôle pour passer ses diktats. Ainsi de cette ingérence que l’on ne voit pas, celle de mouvements religieux venus d’ailleurs, évangéliques américains, orthodoxes russes, Frères musulmans, d’accord sur rien sauf sur une chose : s’en prendre aux droits des femmes et des minorités dans le monde entier, notamment chez nous. Contrairement aux apparences, ils font souvent un bout de chemin ensemble, et leurs querelles comptent moins que ce sur quoi ils s’accordent : combattre la laïcité et rabaisser les droits humains. A ce tableau déjà sombre, on ajoutera l’instrumentalisation des migrants, dont la Turquie et le Belarus se sont fait une spécialité, le sabotage d’infrastructures critiques, les cyberattaques de toutes sortes et de grande ampleur où la Chine agit de plus en plus comme un acteur majeur. Nous voici donc attaqués. Pourquoi ? Pour ce que nous sommes, un choix de société insolent de santémalgré son grand âge, qui conjugue démocratie, liberté individuelle, esprit d’entreprise et justice sociale. Ce qu’à d’insolent ce modèle, c’est qu’il reste attractif, pour l’Ukraine, pour l’Arménie, pour Taïwan ou pour d’autres. Ce qui inquiète les régimes autoritaires, c’est qu’il les fait voir par contraste pour ce qu’ils sont, des dictatures mafieuses sans autre projet que de durer.
Face à ces attaques, il ne suffit pas de demander ce que fait l’Etat où ce que fait l’Europe. En ces temps de mobilisation, celle de chacun d’entre nous est essentielle.
                                                                                                                                                                                                  Nathalie LOISEAU

 

Le XXIe siècle semble bien mal parti pour être celui qui rompra avec la guerre. Bercés par l’idée de « fin de l’histoire » nous avons trop vite mis sous le tapis de nos illusions la menace nucléaire et tous les outils inventés par l’homme moderne pour se détruire. Ce qui, il y a peu, était du champ du roman d’anticipation devient malheureusement réalité et la probabilité d’un retour d’affrontements de haute intensité Etat contre Etat s’accroît. Vladimir Poutine nous rappelle le caractère tragiquement répétitif de l’histoire.